Plusieurs personnes m’ont déjà interrogé sur cette formule qui termine certains de mes courriels :

Citoyennement,
Laurent GILLET

La question revient souvent : pourquoi ne pas écrire tout simplement Cordialement ?

La réponse est simple : ce n’est pas une formule de politesse. C’est une manière de rappeler dans quel esprit j’écris.

Alors oui, ce mot n’a pas véritablement trouvé sa place dans les dictionnaires. Pourtant, ceux à qui je m’adresse en comprennent immédiatement le sens. Je ne l’ai pas choisi pour son originalité, encore moins pour provoquer. Je l’ai choisi parce qu’il exprime exactement la manière dont je souhaite me situer dans mes échanges avec les institutions et les élus.

J’écris en citoyen.

Non pas en adversaire.

Non pas en militant.

Non pas en candidat.

Simplement en citoyen.

Pendant la Révolution française, certaines correspondances se terminaient par la formule « Salut et fraternité » (1). Elle rappelait que, par-delà les fonctions et les rangs, les correspondants étaient d’abord des citoyens. Deux siècles plus tard, mon « Citoyennement » ne prétend pas ressusciter cette formule historique. Il s’inscrit simplement dans le même esprit : celui d’un dialogue entre citoyens, fondé sur le respect, le droit et l’intérêt général.

Avec le recul, je m’aperçois que ce mot résume assez bien la démarche qui guide l’ensemble des sites que je développe depuis plusieurs années. Pour en comprendre l’origine, il faut revenir quelques années en arrière, à Saint‑Jean‑sur‑Mayenne.

En 2019, je fais un constat simple : le site officiel de notre commune ne permet pas réellement à un citoyen de suivre la vie municipale. Les actes sont publiés de manière incomplète ou irrégulière, certains documents sont absents, les informations sont parfois obsolètes et le moteur de recherche est inopérant.

Ces documents sont pourtant publics.

Encore faut-il pouvoir les retrouver.

En 2021, je décide donc de créer une base documentaire indépendante consacrée à la vie municipale de Saint‑Jean‑sur‑Mayenne (2). L’objectif n’est ni de concurrencer le site officiel ni de commenter les décisions de la municipalité. Il est beaucoup plus simple : rendre accessibles des informations qui appartiennent déjà à tous.

Au fil du temps, cette base documentaire s’est enrichie de fiches pédagogiques expliquant le fonctionnement des collectivités territoriales : l’élection du maire, les délégations de pouvoir, les commissions municipales, les indemnités des élus, la publicité des actes, les droits des conseillers municipaux… Autant de sujets qui restent souvent méconnus alors qu’ils concernent directement la vie démocratique locale.

Aujourd’hui, cette même démarche se poursuit avec une nouvelle plateforme documentaire consacrée aux actes administratifs de Laval Agglomération (3). Son objectif est de rendre ces documents plus facilement accessibles grâce à des outils de classement, de recherche et de consultation adaptés à leur nature.

Là encore, il ne s’agit pas de commenter l’actualité politique, mais de permettre à chacun d’accéder plus facilement aux documents publics et, lorsque cela est utile, d’en comprendre le cadre juridique.

Mettre à disposition des documents, les classer et permettre de les retrouver facilement constitue la partie visible du projet. Mais sa finalité est ailleurs.

J’aime cette phrase : « La démocratie n’est solide que si les citoyens sont éclairés. » (4). La phrase est belle et, surtout, elle m’inspire.

Il ne s’agit pas seulement de restituer de l’information publique. Il s’agit de donner à chacun les moyens de la trouver, de la comprendre et de l’utiliser pour exercer pleinement sa citoyenneté.

Je suis convaincu qu’une démocratie ne peut vivre pleinement que si les citoyens disposent d’une information claire, accessible et compréhensible.

Je ne cherche pas à dire aux lecteurs ce qu’ils doivent penser.

Je cherche à leur donner les moyens de se forger leur propre opinion.

Cette distinction est essentielle.

Les choix politiques appartiennent aux élus, puis au jugement des électeurs.

Mon rôle n’est pas de commenter l’opportunité d’une décision, mais, lorsque cela est nécessaire, d’en rappeler le cadre juridique ou d’en faciliter la compréhension.

Nous sommes tous des administrés.

Mais une démocratie ne vit pleinement que lorsque les administrés exercent pleinement leur citoyenneté : lorsqu’ils comprennent les décisions publiques, connaissent leurs droits, interrogent leurs élus et participent, chacun à sa manière, à la vie de la cité.

Si mes sites peuvent, modestement, contribuer à cela, alors ils auront atteint leur objectif.

Le Blog de Saint-Jean est né dans un tout autre contexte. Il devait initialement accompagner une candidature aux élections municipales de 2026. Les circonstances de la vie m’ont conduit à renoncer à cette candidature. Avec le temps, je comprends que ce renoncement n’a pas mis fin à mon engagement ; il lui a simplement donné une autre forme.

Peut-être que ce blog trouvera désormais sa place en parlant moins de politique au sens partisan du terme et davantage de citoyenneté, de vie locale, d’associations, de droit public et de démocratie communale.

Au fond, tous ces projets poursuivent la même ambition : rapprocher les citoyens de l’information publique. Parce que disposer facilement des informations nécessaires pour comprendre, participer et exercer son jugement est aussi une condition essentielle de l’exercice de la citoyenneté.

C’est sans doute pour cette raison que je continuerai à signer certains de mes courriels d’un mot qui n’existe presque pas.

Citoyennement,
Laurent G.


Notes

(1) « Salut et fraternité » apparaît pendant la Révolution française, particulièrement à partir de 1792-1793. Elle remplace progressivement les formules de politesse de l’Ancien Régime jugées trop hiérarchiques (« Votre très humble et très obéissant serviteur », par exemple). L’idée est que les correspondants sont avant tout des citoyens égaux.

(2) Base documentaire de la commune de Saint‑Jean‑sur‑Mayenne : https://www.sjm53.fr

(3) Plateforme documentaire des actes administratifs de Laval Agglomération : https://laval-agglo.sjm53.fr.
Cette plateforme rassemble les principaux actes administratifs de la communauté d’agglomération Laval Agglomération et met à disposition des outils permettant de les rechercher, de les consulter et d’en faciliter l’accès.

(4) Cette phrase est parfois attribuée au philosophe et sociologue français Raymond Aron (1905-1983). Je n’ai toutefois pas trouvé de source permettant d’établir avec certitude qu’il en est l’auteur. Elle est donc reproduite ici sans attribution.