D’après l’enquête (1) menée conjointement par l’AMF (2) et le CEVIPOF (3), la crise des vocations, redoutée à l’issue du mandat 2020-2026, semble s’éloigner (4). Bien que cette période ait été marquée par de fortes turbulences, les résultats montrent une détermination intacte des maires sortants. Une large majorité d’entre eux déclare vouloir se représenter, soit une proportion en hausse par rapport à 2019.
Un mandat difficile, mais une forte envie de continuer
Le mandat 2020-2026 a été marqué par plusieurs crises : pandémie, inflation, guerre en Ukraine et instabilité politique. Malgré cela, 58 % des maires envisagent de se représenter en 2026, un niveau plus élevé qu’en 2019. Beaucoup se sentent fatigués, mais l’intérêt pour l’action locale reste très fort.
Qui souhaite se représenter ?
L’âge, la satisfaction personnelle et le climat du conseil comme critères majeurs.
- L’âge est le facteur déterminant :
- 73 % des maires de moins de 35 ans veulent repartir
- Seulement 30 % des plus de 75 ans
- La satisfaction personnelle pèse lourd :
- 63 % des maires satisfaits de leur vie veulent continuer
- 23 % seulement chez les insatisfaits
- Le climat du conseil municipal influence aussi :
- 62 % d’intentions de se représenter dans les conseils « très pacifiques »
- 46 % seulement lorsque les séances sont jugées « agressives »
Motivations des candidats et raisons des renoncements
- Pour ceux qui repartent, deux motivations principales : (5)
- La logique de projet (79 %) : poursuivre ou lancer des actions pour la commune
- L’intérêt général (78 %) : se mettre au service des habitants
- Pour ceux qui arrêtent, la première raison est personnelle :
- 79 % souhaitent récupérer du temps pour leur vie privée ou familiale
- 64 % estiment avoir accompli leur mission
Conseils municipaux globalement apaisés, mais des tensions subsistent
- En moyenne, les maires rapportent 1,6 démission de conseiller municipal par commune (6).
- Les communes plus grandes connaissent davantage de démissions.
- 32 % des maires font face à une opposition structurée, perçue comme négative par 58 %.
- Cependant, la majorité des conseils restent calmes :
- Seuls 8 % décrivent des séances agressives
- 68 % des votes se concluent par des décisions unanimes
Une situation financière jugée saine et en amélioration
- Presque 9 maires sur 10 considèrent la situation financière de leur commune comme saine (7).
- C’est un progrès significatif par rapport à 2022 (année de la crise énergétique).
- Entre 2020 et 2025, la part des maires estimant leurs finances « saines » passe de 83 % à 89 %.
- Aucune différence notable entre petites et grandes communes.
Les arbitrages budgétaires selon les maires
En cas de baisse des recettes :
- Les premières coupes porteraient sur :
- La voirie
- Les espaces verts
Selon les citoyens, les premières coupes devraient concerner le sport, mais ce n’est pas ce que privilégient les maires.
En revanche, tous s’accordent à préserver :
- L’éducation
- L’enfance
- La jeunesse
- L’action sociale
Un auto-bilan globalement positif, mais un avenir perçu comme plus difficile
- Note moyenne du bilan communal 2020-2025 : 6,3/10 (8).
- Projection pour les cinq prochaines années : 4,8/10
- Le moral des maires était au plus bas en 2022 (milieu de mandat) mais remonte avant les municipales, comme en 2019.
Une exposition persistante aux violences
Depuis 2020 :
- Les violences symboliques, en ligne et physiques ont d’abord augmenté, puis légèrement stabilisé.
- En 2025 :
- 65 % des maires déclarent des incivilités
- 36 % des injures
- 28 % des menaces ou attaques en ligne
- 8 % des violences physiques
- 12 % indiquent des répercussions sur leurs proches
Un écart existe entre perception nationale et locale :
- 92 % des maires et 87 % des Français pensent que la violence augmente en France
- Mais beaucoup moins jugent qu’elle augmente dans leur propre commune
Les documents de cette enquête :
La présentation de cette enquête sur le site de l’AMF.
L'enquête AMF-Cevipof/Sciences Po470.29 Kio
L’article sur l’enquête d’avril 2025 sur le même sujet « Élections municipales de 2026, l’état d’esprit des maires à un an du scrutin ».
Notes
(1) Enquête de M. Martial Foucault, professeur des universités à Sciences Po et de M. Pierre-Henri Bono, chercheur au CEVIPOF – Sciences Po, réalisée en octobre 2025, auprès de 3 774 élus.
(2) CEVIPOF Centre de recherches politiques de Sciences Po.
(3) AMF : Association des maires de France et des présidents d’intercommunalité.
(4) Cf. l’article « Élections municipales de 2026, l’état d’esprit des maires à un an du scrutin ».
(5) Il est étonnant que l’aspect financier du réengagement des maires ne soit jamais abordé dans ce type d’enquête.
D’autant plus qu’une loi sur « le statut de l’élu » en projet à l’Assemblée nationale prévoit une augmentation de 8 % des indemnités du maire d’une commune de notre strate démographique (Cf. Article en ligne de l’AMF du 15 juillet 2025 « Statut de l’élu : des avancées majeures »).
(6) À Saint-Jean-sur-Mayenne, lors de la mandature 2020-2026, 13 conseillères ou conseillers municipaux ont démissionné, dont 7 ont effectivement exercé leur mandat (Cf. les articles « la ronde des démissions des élus locaux » et « la danse des démissions continue ».
(7) À Saint-Jean-sur-Mayenne, il faut noter que les 800 000 € de prêts bancaires contractés pour la rénovation de la salle de loisirs de l’Aquarelle vont fortement réduire les capacités d’investissement de la commune dans les années à venir.
(8) À Saint-Jean-sur-Mayenne, il est difficile de se faire une idée du bilan de la municipalité, puisque le maire sortant a refusé de présenter un bilan de mi-mandat de son action (Cf. Conseil municipal du 6 juillet 2022 audio à 01:46:16, Procès-verbal pages 16/17 question N°2 de Mme Virginie DUFROU).
De même, aucune réunion réunissant l’ensemble des Saint-Jeannais n’a été programmée pour présenter le projet de rénovation de la salle de loisirs de l’Aquarelle.