À l’approche des prochaines élections municipales, une enquête d’avril 2025, menée par le CEVIPOF (1), en collaboration avec diverses associations d’élus et institutions, a interrogé plus de 5000 maires sur leurs intentions de se représenter ou non.
Martial Foucault, Professeur des universités à Sciences Po et chercheur au CEVIPOF et Eric Kerrouche, directeur de recherche CNRS/CEVIPOF, tirent les principaux enseignements de l’enquête 2025 “L’état d’esprit des maires à un an du scrutin ”.
Les principaux résultats à retenir sont :
- Taux de réengagement : 42 % des maires souhaitent se représenter, un chiffre similaire à 2019. 28 % ne souhaitent pas se représenter, et 30 % sont indécis.
- Différences selon les profils :
- La taille de la commune influence les intentions : 70 % des maires de grandes communes veulent continuer, contre 37 % dans les petites.
- L’ancienneté et l’âge jouent un rôle : le désir de ne pas se représenter augmente avec le nombre de mandats.
- Le statut professionnel est également déterminant : 33 % des maires retraités souhaitent se représenter, contre 53 % des maires en activité.
- Le bien-être personnel influence aussi : les maires se disant « heureux » sont trois fois plus nombreux à vouloir se représenter que ceux se déclarant « malheureux ».
- Raisons du renoncement : Les maires citent le manque de ressources financières (17 %) et les exigences des citoyens (15 %) comme principales raisons de ne pas se représenter. Sur le plan personnel, le sentiment d’accomplissement (20 %) et l’insécurité face aux comportements des citoyens (19 %) sont des motifs fréquents.
- Engagement civique : Malgré ces défis, la majorité des maires restent motivés par le désir de servir leur communauté et de se rendre utiles.
Cette enquête révèle des tensions sous-jacentes dans la démocratie locale, marquées par la lassitude des élus, des contraintes budgétaires et un rapport compliqué avec les citoyens.
Elle montre un essoufflement de l’engagement municipal parmi les maires. Beaucoup d’entre eux ressentent une fatigue due à la complexité des normes, à la surcharge administrative et à une diminution de leur pouvoir d’action. Cela se traduit par une augmentation des intentions de ne pas se représenter en 2026, motivée par des difficultés à équilibrer vie personnelle et engagement public, ainsi qu’un manque de reconnaissance de leur rôle.
Malgré ces défis, les maires restent attachés à leur territoire et à leur légitimité démocratique. Ils expriment des attentes claires : simplification des normes, renforcement de l’autonomie des communes, soutien accru de l’État, et valorisation de leur fonction. Les chercheurs concluent que l’avenir de l’engagement municipal dépendra de la capacité des pouvoirs publics à revaloriser le rôle des maires et à revitaliser l’action locale face à un désenchantement croissant.
Les documents de cette enquête :
La présentation de cette enquête sur le site du CEVIPOF.
La note : Municipales 2026 : quelles sont les intentions des maires sortants533.9 Kio Martial Foucault et Eric Kerrouche, CEVIPOF, avril 2025.
La synthèse de l'enquête1.92 Mio.
En 2018, une enquête similaire avait été réalisée toujours par le CEVIPOF, conjointement avec l’AMF : Les maires en France : entre résignation et incertitudes 656.12 Kio.
Notes
(1) CEVIPOF : Centre de recherches politiques de Sciences Po.