Le 27 mars dernier, en consultant la délibération n°2026-19 (1) relative à l’élection de M. Olivier BARRÉ comme maire de Saint‑Jean‑sur‑Mayenne, j’ai constaté une anomalie dans la manière dont le dépouillement a été retranscrit.

La délibération mentionne 19 bulletins, 3 bulletins blancs ou nuls et 16 suffrages exprimés, M. Olivier BARRÉ étant proclamé maire avec 16 voix.

Or, le dépouillement réel (2) donne un tout autre résultat : 19 bulletins, 2 blancs, 0 nul et 17 suffrages exprimés. Sur ces 17 suffrages, 16 sont en faveur de M. Olivier BARRÉ et 1 en faveur de Mme Virginie DUFROU.

Je tiens à l’écrire clairement : je ne conteste en aucune manière le résultat de l’élection. M. Olivier BARRÉ a été élu avec une large majorité. Ce qui est en cause ici, ce n’est pas le résultat du scrutin, mais la manière dont le droit a été interprété et retranscrit dans la délibération. L’anomalie vient du fait que M. le maire a considéré que le vote pour Mme Virginie DUFROU devait être comptabilisé comme nul.

C’est une erreur d’interprétation du droit. Selon l’article L.2122-7 (3) du Code général des collectivités territoriales, aucun acte de candidature préalable n’est exigé pour l’élection du maire. Même si M. Olivier BARRÉ était le seul candidat déclaré, tout conseiller municipal pouvait valablement recevoir des suffrages. Le vote porté sur Mme Virginie DUFROU était donc parfaitement exprimé.

Dès le 27 mars, j’ai signalé cette anomalie à Mme Virginie DUFROU (4) et aux services de la préfecture de la Mayenne. Dans mon message, j’ai précisé que ma démarche ne contestait pas l’élection, mais visait uniquement à corriger l’erreur juridique figurant dans la délibération.

La préfecture, par réponse du 30 mars (5), a confirmé cette analyse. Elle reconnaît qu’aucun texte n’impose à un conseiller municipal de se déclarer candidat pour recevoir des suffrages. Le vote pour Mme Virginie DUFROU devait donc être comptabilisé. L’erreur, n’ayant aucune incidence sur le résultat du scrutin, la Préfecture a indiqué qu’elle ne donnerait aucune suite à ce signalement au titre du contrôle de légalité.

Une demande auprès de la Mairie

Dans la foulée de la réponse de la préfecture, j’ai demandé à la mairie (6) que le procès-verbal de la séance du 20 mars 2026 fasse apparaître le véritable décompte des voix. Cette rectification vise uniquement à garantir la sincérité administrative et politique des actes de la commune.

À ce jour, je suis toujours dans l’attente d’une réponse de la mairie (10).

Une lecture politique surprenante

Au-delà du droit, cette situation interroge sur le plan politique.

En assimilant le vote pour Mme Virginie DUFROU à un vote nul, M. le maire envoie un message clair : ce vote n’aurait aucune valeur politique.

Faut-il en conclure que, selon M. BARRÉ voter pour Mme DUFROU revient à voter nul ?

Cette interprétation est d’autant plus surprenante qu’elle survient dans un contexte électoral déjà tendu. L’élection de cette assemblée a enregistré une nette progression de l’abstention et une hausse sensible des votes blancs et nuls. Ces signes traduisent la défiance d’une partie de l’électorat à l’égard de la nouvelle équipe municipale (7). Ils s’inscrivent dans la continuité de la fracture apparue lors des élections municipales de 2020, comme l’a lui-même reconnu M. le maire dans son discours d’investiture (8).

Cette lecture erronée du droit ignore toutes les sensibilités de l’électorat Saint‑Jeannais et va à l’encontre de la « réconciliation » que M. le maire avait souhaitée dans son discours.

Le 5 mars, M. le maire réécrivait la loi (9). Le 20 mars, il réécrit le vote. Demain, réécrira-t-il l’histoire ?


Notes

(1) Voir délibération 2026-19.

(2) Voir fichier audio du Conseil municipal du 20 mars 2026, à partir de 00:09:00.

(3) Voir l’article L.2122-7 du Code général des collectivités territoriales.

(4) Courriel de Mme Virginie DUFROU du 30/03/2026 : « Je partage ton analyse ». Courriel de Mme DUFROU du 30/03/202697.04 Kio

(5) Réponse de la Préfecture à mon signalement du 27/03/2026 Réponse Préfecture du 30/03/202650.48 Kio.

(6) Mon courriel envoyé à la Mairie le 30/03/2026 Courriel du 30/03/2026153.32 Kio

(7) Voir l‘article du Blog de Saint-Jean « Scrutin 2026, entre continuité et recomposition ».

(8) Voir fichier audio du Conseil municipal du 20 mars 2026, à partir de 00:10:39.

(9) Voir l’article du Blog de Saint-Jean « Commission électorale, le maire dans le viseur : Partie 1 : Les origines et les enjeux de cette anomalie », et l’article du Blog de Saint-Jean « Commission électorale, le maire dans l’erreur : Partie 2 : Quand le maire réécrit la loi ».

Ajout du 10 avril 2026
(10) La municipalité n’a jamais répondu à mon courriel et, malgré cette erreur d’interprétation du droit, reconnue par la municipalité et par la préfecture, M. le maire n’a pas souhaité apporter de rectification au procès-verbal, afin de garantir la sincérité administrative et politique de l’élection du maire du 20 mars 2026. M. le maire réécrit donc l’histoire.
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