Pour la campagne 2026–2032, le maire sortant Olivier BARRÉ a choisi « Bien vivre à Saint Jean » comme nouveau nom et slogan de sa liste.
Un nom de liste électorale n’est jamais anodin. Il concentre une vision, suggère une ambition, esquisse une promesse.
En quelques mots, il dit ce que l’on prétend incarner — et surtout ce que l’on entend projeter. Certains optent pour le combat, d’autres pour la rupture — comme en 2020 avec « Saint Jean Autrement » conduite par Denis MORVAN — d’autres encore pour le rassemblement, à l’image de « Saint-Jean avec Vous » menée par Virginie DUFROU la même année.
Tous, sans exception, dévoilent quelque chose de l’état d’esprit d’une candidature. Observer leur évolution au fil des scrutins revient souvent à lire, en filigrane, l’évolution — ou l’effacement — d’un projet politique.
Après « Ensemble et confiant » en 2014, puis « Notre commune, notre avenir à tous » en 2020, voici donc, pour la campagne 2026–2032, « Bien vivre à Saint Jean » .
En trois échéances, trois intitulés — et déjà une évolution qui mérite que l’on s’y arrête.
2014 : l’élan
En 2014, avec « Ensemble et confiant », le maire sortant promettait l’élan.
L’intitulé sonnait comme un nouveau départ, une impulsion collective après une mandature 2008–2014 marquée par plusieurs départs au sein de l’équipe municipale. Lors du conseil municipal du 20 février 2014 , dernier de la mandature 2008–2014, le maire Olivier Barré, regrettait publiquement (1) que des conseillers aient abandonné leur mandat en cours de route ; ce soir-là, seuls 8 élus étaient présents sur les 15 théoriquement en exercice. Dans ce contexte, « Ensemble et confiant » prenait des airs de réponse politique : réaffirmer la cohésion, restaurer la stabilité, afficher une unité.
Il y avait dans ces mots une dynamique, un mouvement, presque une promesse de transformation. L’idée d’un groupe soudé, sûr de sa direction, prêt à avancer. Le vocabulaire était actif, tourné vers l’action et la construction.
On se projetait.
2020 : l’avenir
En 2020, avec « Notre commune, notre avenir à tous », on promettait l’avenir.
L’intitulé élargissait le cadre. Il ne s’agissait plus seulement d’élan, mais de destinée collective. L’avenir était convoqué, partagé, présenté comme inclusif. L’ambition se voulait structurante : bâtir, préparer, anticiper. Le mot « avenir » engage. Il suppose un cap, une stratégie, une vision à moyen ou long terme.
La mandature 2020–2026 s’est pourtant révélée plus heurtée que le slogan ne le laissait entendre. Plus d’une dizaine de démissions se sont succédé au cours du mandat (2), touchant aussi bien la majorité que l’opposition — une instabilité difficilement conciliable avec l’idée d’un avenir « à tous ».
Quant à l’« avenir » annoncé, il a lui aussi tardé à se matérialiser : le projet structurant du mandat — la rénovation de la salle de loisir Aquarelle — a accusé près de trois années de retard au démarrage et ne sera pas achevé avant la fin de la mandature. Quant à l’horizon financier, il s’est assombri sous le poids d’un endettement conséquent (3), venant durablement contraindre les capacités d’investissement de la commune pour les années à venir.
On promettait l’avenir. Il demeure incertain et peine à se matérialiser.
2026 : le bien-vivre
En 2026, on promet simplement de « Bien vivre à Saint Jean ».
Avec cet intitulé on change de registre. On quitte le mouvement et la projection pour entrer dans le ressenti.
« Bien vivre » n’est plus un objectif à atteindre, mais un état à constater. L’expression est large, consensuelle, impalpable, presque atmosphérique.
Elle ne dit ni comment, ni vers quoi, ni pourquoi.
On n’avance plus : on se contente.
Le passage est révélateur d’un affaiblissement rhétorique en matière d’ambition et de projection pour la commune.
De l’élan à l’avenir, puis du futur au confort présent.
Du collectif dynamique au sentiment individuel.
Du projet au cadre (de fin ?) de vie (4).
Une commune en préretraite ?
Ce que raconte ce glissement
Il ne s’agit pas seulement d’un choix stylistique. En douze ans, le vocabulaire s’est adouci, raccourci, simplifié. Les mots se sont faits moins ambitieux, moins engageants. Comme si la projection s’était effacée au profit d’une gestion routinière, sans élan, sans souffle ni nouveauté, une simple routine du quotidien.
L’histoire des slogans raconte alors autre chose : non plus l’audace de tenir un cap, mais l’installation dans une continuité, sans relief, dans une habitude, sans horizon clairement formulé.
On promettait un mouvement.
On promettait un futur.
On promet désormais une ambiance.
Et peut-être est-ce là, finalement, la vraie question posée aux habitants :
souhaitent-ils une atmosphère… ou une ambition ?
Notes
(1) Cf. Conseil municipal du 20 février 2014, compte rendu de séance/procès-verbal, page 1.
(2) voir l’article « La ronde des démissions des élus locaux » et sa suite, l’article « La danse des démissions continue »
(3) Pour la rénovation de la salle de loisirs Aquarelle, la municipalité a eu recours à des emprunts massifs en 2025 :
• 140 000 € sur 24 mois, à taux fixe de 2,87 % ( délibération 2025-28457.64 Kio du Conseil municipal du 19/06/2025).
• 660 000 € sur 20 ans, à taux variable indexé sur le Livret A à 2,30 % à la signature ( délibération 2025-39493.8 Kio du Conseil municipal du 02/10/2025).
(4) En janvier 2025, un article du Blog de Saint-Jean intitulé « Bien vieillir à Saint-Jean, un défi que la prochaine mandature devra relever » traitait des enjeux démographiques à l’horizon 2030–2040 et de la nécessité d’anticiper le vieillissement de la population.
Il est difficile de ne pas relever aujourd’hui la proximité sémantique entre ce titre et l’intitulé choisi pour la liste 2026–2032 : « Bien vivre à Saint-Jean ». Simple coïncidence lexicale ou écho involontaire ? Chacun appréciera.
Reste que le glissement de « bien vieillir » — qui posait un défi précis, documenté et prospectif — à « bien vivre », formule plus large et plus consensuelle, illustre à lui seul le passage d’une problématique concrète à une promesse plus englobante et moins engageante.