Dans le cadre des élections municipales du 15 mars prochain, M. Olivier Barré et l’équipe de la liste « Bien vivre à Saint Jean » organisent une rencontre publique le 28 février.
Programme annoncé

Selon sa présentation, cette réunion s’articulera autour de trois temps distincts. Un premier moment sera consacré à la présentation des membres de la liste du maire sortant. Un second temps prendra la forme d’ateliers participatifs (1) destinés à recueillir les idées et les attentes des habitants. Enfin, la rencontre se conclura par une séquence intitulée « Priorité pour Saint‑Jean‑sur‑Mayenne ».
Lors de sa déclaration surprise de candidature (2), M. Barré avait indiqué qu’il « souhaitait aussi consulter les Saint‑Jeannais sur ce qu’ils souhaitent pour leur commune ». On peut regretter que plus de sept mois se soient écoulés entre cette déclaration et la mise en œuvre concrète de la consultation annoncée. Il convient toutefois de reconnaître que l’engagement pris trouve aujourd’hui une traduction. Cette initiative, même tardive au regard du calendrier électoral, mérite donc d’être examinée avec attention. Elle s’inscrit dans un contexte particulier (3) et concerne une commune où l’engagement associatif et citoyen est solidement ancré.
Une démarche positive
Il faut d’abord reconnaître ce que cette démarche comporte de constructif. Inviter les Saint‑Jeannais à participer à des ateliers pour exprimer leurs attentes constitue un signal d’ouverture. Dans une commune d’environ 1 200 électeurs, où les relations sont directes et les enjeux très concrets, cette forme d’échange peut favoriser une expression libre et structurée. Elle permet de faire émerger des besoins du quotidien, de confronter les points de vue et d’identifier des priorités partagées.
La participation citoyenne n’est pas un simple affichage. Elle peut devenir un véritable outil d’ajustement des politiques locales, à condition d’être organisée dans un cadre clair, documenté et assorti d’un suivi réel.
Un cadre encore flou
Cependant, plusieurs éléments interrogent. Le flyer annonce des ateliers participatifs sans en préciser les thèmes, alors qu’il semble qu’ils soient déjà définis. Cette absence d’intitulés entretient un flou qui peut affaiblir la qualité de la participation. Se préparer à un échange suppose d’en connaître le périmètre. Ne pas expliciter ces sujets donne le sentiment que le cadre existe, mais qu’il n’est pas pleinement partagé.
Un autre point mérite d’être souligné : l’absence apparente de toute référence à l’intercommunalité.
Saint-Jean-sur-Mayenne appartient à la communauté d’agglomération Laval Agglomération, dont les compétences couvrent des domaines essentiels tels que le développement économique, l’aménagement, les mobilités, l’environnement ou encore certains services à la population. Il est possible que cette dimension fasse partie des échanges proposés, mais rien dans la présentation de la réunion ne le laisse supposer. Pourtant, malgré sa délégation au Conseil communautaire et sa participation au Bureau communautaire, M. le maire a très peu communiqué, au cours du dernier mandat, sur les décisions et orientations prises à ce niveau. À l’heure où une part importante des politiques publiques locales se construit à l’échelle intercommunale, cette absence interroge.
Si l’on se projette dans les enjeux concrets de la commune, les ateliers pourraient logiquement porter sur les services à la population, la vie des écoles et la restauration scolaire, la sécurité routière et les mobilités douces, la dynamisation du centre-bourg et le maintien des commerces existants, le soutien à une vie associative particulièrement active, ou encore l’environnement et le cadre de vie. Ces thématiques correspondent aux réalités locales et peuvent s’inscrire dans les contraintes financières annoncées pour les prochaines années. Elles permettraient d’orienter la réflexion vers des actions utiles et compatibles avec un budget d’investissement qui s’annonce contraint, notamment au regard des emprunts contractés pour la rénovation de la salle de loisirs Aquarelle (4).
Une finalité à préciser
Le troisième temps annoncé, « Priorité pour Saint‑Jean‑sur‑Mayenne », soulève également des questions. S’agit-il d’une synthèse des ateliers ? D’une présentation des axes du futur programme ? D’un moment de hiérarchisation politique des propositions recueillies ? L’intitulé demeure suffisamment vague pour laisser place à plusieurs interprétations. Or, dans toute démarche participative, la clarté du processus est essentielle : chacun doit savoir à quoi servent ses contributions et comment elles seront prises en compte.
Un paradoxe démocratique
Il y a là un paradoxe. Si la volonté d’associer les habitants est légitime et souhaitable, elle ne devient réellement constructive que si elle s’appuie sur une information complète et sur une continuité démocratique. Avant de définir collectivement les priorités futures, il serait pertinent de partager un état des lieux précis de la situation financière, des projets réalisés, des engagements tenus et des difficultés rencontrées.
Cette rencontre publique peut constituer un moment utile pour Saint-Jean-sur-Mayenne, à condition qu’elle permette un échange sincère, transparent et structuré. Elle renforcera la confiance si les règles du jeu sont claires et si les contributions des habitants trouvent une traduction concrète. La participation n’est pleinement constructive que lorsqu’elle repose sur une information complète et accessible ; c’est à cette condition qu’elle peut devenir un véritable levier de construction collective, et non un simple exercice de communication.
Un bilan toujours absent
M. le maire invite aujourd’hui les habitants à réfléchir aux priorités de demain sans qu’aucun bilan structuré de son mandat écoulé n’ait été présenté (5). Or, toute démarche politique cohérente repose sur une logique simple : rendre compte, analyser, puis projeter. Le bilan d’un mandat n’est pas une option laissée à l’appréciation du maire ; il constitue une exigence démocratique fondamentale.
Sans bilan réel des actions passées, cette rencontre publique manque de crédibilité et de portée concrète. Elle peut donner l’apparence d’une démarche ouverte et démocratique, mais sans garantie que les enseignements du mandat écoulé — pas plus que les attentes exprimées par les habitants pour l’avenir — soient réellement pris en compte.
Sans ce préalable indispensable, la participation perd son ancrage et sa cohérence. Elle risque alors d’apparaître comme un exercice d’affichage plutôt que comme un véritable engagement démocratique fondé sur la responsabilité et la transparence.
Participer, oui — mais avec lucidité
Dans ce contexte, il appartient néanmoins aux Saint‑Jeannais de se saisir de ce temps d’échange. Participer, poser des questions, exprimer des attentes demeure un droit démocratique qu’il serait regrettable d’abandonner. Mais chacun doit le faire avec lucidité : l’expérience du mandat écoulé montre que de nombreux engagements pris n’ont pas été respectés (6) . La vigilance collective sera donc la condition indispensable pour que ces échanges ne restent pas sans lendemain.
Pour ma part, je serai présent le 28 février à cette rencontre publique et j’invite les Saint‑Jeannais à y participer, en espérant les retrouver nombreux pour faire vivre pleinement ce moment démocratique.
Notes
(1) Lors de la campagne 2020, les Saint‑Jeannais avaient déjà expérimenté ce type de travail participatif avec les « Ateliers citoyens » de la liste « Saint-Jean avec Vous ».
Cf. Édition en ligne de Ouest‑France du 29 janvier 2020 « Municipales 2020. La liste « Saint-Jean avec vous » dévoile ses noms à Saint-Jean-sur-Mayenne ».
(2) Cf. Édition en ligne de Ouest‑France du 11 juillet 2025 « Après avoir renoncé, le maire de Saint‑Jean‑sur‑Mayenne choisit de briguer un nouveau mandat ». Voir aussi Article du Blog de Saint‑Jean « Les élections municipales de 2026 Acte II ».
(3) Voir Article du Blog de Saint‑Jean « Les élections municipales de 2026 Acte III Le dénouement ».
(4) Pour la rénovation de la salle de loisirs Aquarelle, la municipalité a eu recours à des emprunts massifs en 2025 :
• 140 000 € sur 24 mois, à taux fixe de 2,87 % ( délibération 2025-28457.64 Kio du Conseil municipal du 19/06/2025).
• 660 000 € sur 20 ans, à taux variable indexé sur le Livret A à 2,30 % à la signature ( délibération 2025-39493.8 Kio du Conseil municipal du 02/10/2025).
(5) En 2023, M. le maire a refusé de présenter un bilan de mi-mandat et aucun document public ne détaille l’état d’avancement des engagements pris en 2020.
Cf. Conseil municipal du 6 juillet 2023, question orale N° 2 de Mme DUFROU, audio à partir de 01:46:16.
(6) Le Programme électoral 2020-2026222.76 Kio de M. le maire pour constater que visiblement de nombreux engagements n’ont pas été tenus.